L'atelier des 20 : rencontre poétique avec Emma Morin / samedi 28 janvier 2012
L'atelier des 20 avec l'équipe de tgSTAN / samedi 14 janvier 2012
Atelier des 20 avec tgSTAN samedi 14 janvier 2012 - diaporama flash
L'atelier des 20 avec l'équipe de l'Immédiat !
L'atelier des 20 avec l'équipe de tgSTAN / samedi 14 janvier 2012
Atelier des 20 avec tgSTAN samedi 14 janvier 2012 - diaporama flash
Quelques mots sur la rencontre avec la compagnie tg STAN
Suite à cette rencontre, le mot qui résonnait encore dans mon esprit était : le choix.
Effectivement, cette compagnie s'est créée de l'envie de quatre amis de travailler autrement, d'aller vers un nouveau où chacun pourrait exprimer ses désirs.
Le choix de s'entourer de metteurs en scènes ou pas, de mettre en scène des textes autant classiques comme Bérénice que contemporains. Chacun donnant son avis, et prenant le risque chaque soir de se donner, de donner à son partenaire et au public. Une façon "hors norme" de travailler, qui aujourd'hui récolte ses fruits. Par un panel riche de pièces, et une façon d'aborder les textes ils ont su se faire une place dans le monde du théâtre actuel. Cette façon de concevoir le théâtre et sa pratique nous ont donné de nouveaux outils pour aborder au mieux la suite de notre aventure.
Topacio
L'atelier des 20 avec l'équipe de l'Immédiat !

par Paola
LA RUPTURE DE L’AUTOCENSURE
15h. Rendez vous dans la salle en face au théâtre Garonne, de l’autre coté de la rue. Aujourd’hui nous avons notre première séance de l’atelier des 20.
On rentre et on trouve Bernard. Un mec avec le cheveux blanc et l’air sympa.
Je suis très contente qu’il soit là. J’avais vu une improvisation de son groupe de travail de l’année dernière au théâtre du Hangar. Mon pote Maxime était dedans. J’avais adoré. Une dizaine de corps qui ont explosé sur la scène.
On parle pour quelques minutes. On positionne les chaises sur une ligne. Puis, Bernard nous invite à aller sur le plateau. Il nous dit de partir et de nous positionner en suivant l’instinct. Le lieu qu’on sent le plus. Alors, je m’élève. Je crois que Bernard comprend tout suite que c’était un lieu où je m’étais imaginée mais que je le sentais pas vraiment. Il me demande de m’assoir. Au fur et à mesure mes copains occupent le plateau. Moi, je me positionne dans le fond près d’une grande fenêtre. Je comprends ce que Bernard voulait dire. Il faut suivre notre instinct. Il faut le sentir. Il s’agit pas d’un lieu qu’on occupe par hasard. Il doit nous parler.
Il nous demande de nous déplacer dans l’espace. On le fait. Il faut se laisser aller. Il faut laisser la « parole » à notre corps.
Après, on se divise dans deux groupes. A la fois on est sur le plateau, observés, et à la fois on est spectateurs.
Dès que je suis assise, bientôt je suis capturée par certains déplacements de mes copains.
Une fois qu’on a terminé, Bernard nous invite, encore, à nous déplacer dans l’espace.
Là il nous donne des indications. Trouver dans l’expression du corps quelque chose qui nous intéresse. On commence avec un doigt… on termine avec le corps entier.
Bernard nous parle du temps présent, l’ici et maintenant. Je suis persuadée que le plateau a des pouvoirs, et entre eux, celui de nous inviter à accéder au présent.
17h30. Pause.
On va dehors. On fume des cigarettes. Je pense que je dois arrêter de fumer. Fumer me distrait de l’écoute. C’est ça. Dans ce travail on est invités à rechercher un état. L’état de l’écoute et de l’action. Une action qui laisse pas de temps à la réflexion et qui soit vrai. Si on pense à Gwenaël Morin, on pourrait dire une action intentée par l’ urgence.
17h45. La pause est terminée. On rentre. On se déplace. Cette fois on travaille sur la parole. Bernard nous demande d’écouter nos pensées. Les sensations, les perceptions, les idées.
18h. Finalement, il nous demande d’aller sur le plateau. Assis, on commence lentement à donner voix à notre subconscient. Je ne comprends pas trop le sens de l’exercice. Je le dis à Bernard. Maintenant que j’écris, j’admets que, si là je ne comprenais pas, j’y ai pensé pendant des semaines.
On a des difficultés à parler à haute voix même, parfois, à faire sortir les paroles. C’est difficile de nous laisser aller. Je me sens désarmée et en difficulté.
On n’est pas habitués à penser tout le temps à haute voix. Et si on y réfléchit, on ne connait pas avec clarté tout ce qu’on pense. Nos pensées n’ont pas toujours la forme du langage.
Parfois nous même, nous avons tendance à censurer nos pensées. Sur le plateau, pendant cet exercice, nous n’avons pas le temps de nous couper. Notre vraie expression passe par la rupture de l’autocensure.
J’ai réfléchi, aussi, sur le fait que pour faire «sortir » notre subconscient il faut la présence d’autres personnes. Hume, dans son Traité de la nature humaine[1], dit que notre identité personnelle consiste dans nos perceptions (impressions et idées), dans la mesure où nous sommes l’ensemble des nos perceptions. Du coup, cet exercice peut nous amener à nous demander qui on est vraiment, à nous connaître d’une manière plus intime, à affirmer nos identités, mais seul dans et à travers le collectif.
[1] [1] Hume, Traité de la nature humaine, L. I, P. IV.
Marie-José Malis
Enseigner le théâtre, c’est aussi pour moi proposer à la jeunesse un laboratoire politique. C’est l’inviter à élaborer ses réponses face à des questions sur le monde que pose l’art. Comprendre que la sortie de l’impuissance passe par la capacité qu’on se donne à penser pour soi-même, à parler pour soi-même, en conséquence bien sûr, pour que cela forme un monde possible. C’est aussi inviter la jeunesse à éprouver justement le bonheur d’une discipline : s’entêter, se fidéliser, tenir à son propos, aimer les conséquences, mesurer les conditions réelles que demande un collectif, l’organiser pour que le désir dure.
L’atelier des 20, c’est donc une invitation à une pratique contemporaine de l’apprentissage du théâtre. Il se tient au milieu des différences incroyables de formes. Il dit qu’il faut les penser, et il y aura donc de la théorie. Il dit que le théâtre ne peut plus se faire sans un acteur qui pense, qui prend position, qui co-élabore le sens. Il y aura donc de l’invitation à se pencher sur des questions, à les instruire, à prendre sa place dans la construction du discours. Il dit que le "jeu" de l’acteur a pris aujourd’hui des formes contradictoires et qu’il faut aller les éprouver, pour comprendre ce qu’elles libèrent, permettent. Il y aura donc une invitation à entrer dans la formule d’artistes différents, contradictoires.
Le théâtre Garonne organise l’accueil de ces artistes qui aujourd’hui essaient de donner au théâtre une justesse pour le présent. Ils le font en le mettant dans tous ses états. Et nous ne devons pas avoir peur de ces contradictions. Nous serons, par l’atelier des 20, le lieu où cette complexité sera pensée. Ce sera ma fonction et ma responsabilité. Des choix cruciaux sont faits aujourd’hui sur nos plateaux, des décisions, des inventions, des brûlures et des audaces et des beautés certaines, (ou pas), et cela, nous avons la responsabilité d’en faire l’objet d’une transmission, d’en organiser la pensée pour une relève artistique. Nous devons partager avec la jeunesse nos questions, notre analyse historique de l’état du théâtre, notre manière de répondre à sa crise. A cet égard, en proposant cette fraternité des questions, cet atelier est donc sans doute une invention. C’est toujours bon signe et la promesse qu’on y sera vivant.
