jeudi 29 mars 2012

Vincent Fortemps vu par ...

Morbide a priori < > Vivant a posteriori
par Mathilde Lalle, médiatrice sur l'exposition de Vincent Fortemps

Différents groupes d'étudiants toulousains (en art notamment) ont visité l'exposition de Vincent Fortemps à l'Atelier 2 depuis le 15 mars. Certains d'entre eux ont même eu l'occasion de le rencontrer.

Les visages sont toujours les mêmes quand ils rentrent dans l'exposition. Sérieux, attentifs, curieux de la technique et puis quelques uns se dissipent.
Se rappelant le noir des phases gothiques de leur adolescence, les étudiants, quand je finis par les regrouper en cercle, assis en tailleur sur le plancher de l'Atelier, et que je leur demande de me donner spontané un mot, un ressenti personnel, un retour à vif de leur vécu, donnent toujours les mêmes adjectifs : « morbide », « glauque », « sombre », « torturé », « noir ».

Malgré tout, émergent quelques « sensible », « sensuel », « animal », « lumière », « matière ». C'est là, en général, qu'arrive Vincent Fortemps et qu'il leur parle de son travail. Il leur parle de son parcours, de son cheminement de dessinateur, du « coup » qu'il a pris à Saint-Luc quand, arrivé pour dessiner des « petits Mickeys », il se confronte à des cours de philosophie, de sémiologie, d'histoire de l'art. Il leur parle de la création de Frémok, de ses débuts dans la bande-dessinée, de son rapport aux arts vivants, de la cinémécanique – de son dispositif. Il leur parle de ses récits, de ses préoccupations, de son enfance à la campagne, de sa grange dans les Pyrénées, des deux geais qu'il a retrouvé décomposés dans son jardin. Il leur parle de sa passion pour le ciel et la terre, il leur explique que l'oiseau est un passeur. Il leur parle de sa technique, de son travail de la transparence, des blancs et des noirs, de la lumière, de son goût pour le cinéma muet, pour la pellicule. Il leur parle de sa rencontre avec Jean-Dominique Fleury, le maître-verrier. Il leur parle de l'histoire de cette exposition, des performances, de ses amis, de sa joie de pouvoir rassembler tous les aspects de sa création ici. Il leur parle de son rapport à la matière, de sa lutte perpétuelle, des accidents, de l'autonomie des dessins, de son habit de charbonnier, de la cire d'abeille. Il leur parle de son travail de série, de la répétition qui n'est jamais la même et permet de comprendre le fonctionnement des choses. Il leur parle de l'intuition, de la sensation, de la perception, des lectures que peuvent faire les visiteurs de son oeuvre. Il leur parle de musique, de rythme, du son comme d'une matière venant modifier le dessin, comme peut le faire la lumière.
S'il n'est pas là, je tente de leur en parler, de les amener vers ces questionnements en sondant leurs ressentis, leurs analyses. Quand les questions cessent, les étudiants souhaitent toujours revoir les oeuvres. Finalement, ils me disent que désormais, ce qu'ils voient dans cette oeuvre, c'est le « vivant ».

Les visages sont toujours les mêmes quand ils sortent de l'exposition. Apaisés, toujours sérieux mais quelques uns sourient.

L'exposition est ouverte au public jusqu'au 31 mars (du mardi au samedi de 17h à 20h30)
Prolongation exceptionnelle pour les écoles et associations du quartier St Cyprien du 2 au 6 avril / Réservations : relationpublique@theatregaronne.com


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